En réponse à l’UE : l’internationalisme ouvrier

La démission de Tsipras suivie de sa réélection, saluée par Tusk, Juncker et Schulz¹, sont venues clore la brève tentative en Europe de résoudre par de soi-disant mesures réformistes la crise de l’économie capitaliste.

En moins de six mois, Syriza a illustré ce que nous pouvons attendre d’un gouvernement Podemos en Espagne, d’un gouvernement Labour dirigé par Corbin en Angleterre ou d’un chimérique gouvernement PCF, PG, Verts en France : la soumission à la politique de l’UE, dont les institutions sont conçues en premier lieu pour servir les intérêts des capitalistes Allemands et Français.

La « trahison » de Tsipras est maintenant utilisée comme argument par tous ceux qui défendent bec et ongles l’UE, le PS et les Républicains, les grands médias colportant la voix du patronat ou encore les directions syndicales bureaucratiques, serinant aux travailleurs ce chantage que s’ils refusent le paiement de la dette, les mesures d’austérité et l’UE, ils récolteront Le Pen, le « fascisme »… en plus de la misère.

Mais la constitution de tels mouvements « centristes » est aussi la conséquence de l’absence de vrais partis de combat socialistes et d’une internationale ouvrière, qui organiseraient et mobiliseraient en permanence les travailleurs du continent, pour l’annulation de la dette, pour l’abrogation des traités de l’UE et pour une Europe des travailleurs.

Pour une internationale ouvrière et des partis des travailleurs, internationalistes, pour le socialisme.

Nous le répétons, une alternative anti-capitaliste et internationaliste existe à l’UE. Des gouvernements pour et par les travailleurs pourraient se fédérer dans une union d’États socialistes européens. Et puisque « l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », chaque lutte contre la destruction des droits salariés ou contre la casse des services publics porte déjà en elle le ferment de cette alternative.

Pour nous, l’idée d’une organisation politique, indépendante du patronat, non soumise aux différents gouvernements bourgeois, pour organiser les travailleurs dans leurs combats n’est pas un vieil idéal datant du siècle de Marx et à jeter dans les poubelles de l’Histoire. C’est aujourd’hui, bien au contraire, une nécessité pour permettre de lever les obstacles à l’unification de nos luttes.

Mais nous ne voulons pas un parti pour les élections, d’un parti subordonné aux institutions bourgeoise, mais une organisation de combat, pour la prise du pouvoir… pour le socialisme. Nous souhaitons aider à construire un parti internationaliste, adhérent d’un parti ouvrier mondial, qui pour nous est la IVe Internationale, reconstruite.

La crise du capitalisme ébranle tous les partis politiques. Des courants entiers, des traditions politiques, volent en éclat, libérant l’énergie d’anciens activistes et laissant la place à de nouvelles générations de militants . Pour nous, les ruptures et les repositionnements d’aujourd’hui peuvent ouvrir la voie à la recomposition du mouvement ouvrier sur de nouveaux axes, par des ruptures et des rapprochements futurs.

Ainsi, nous sommes convaincus que la construction d’un nouveau parti peut se faire à la chaleur de la lutte de classe, par le partage des expériences et la pratique du combat commun.

Pour des syndicats indépendants

Cette expérience commune pourrait commencer là où commence la lutte des classes, au travail, face à nos employeurs. Et ici, le premier obstacle à nos luttes vient souvent de nos rangs. Ainsi, beaucoup de dirigeants nationaux de nos syndicats ne jouent jamais le rôle qui devrait être le leur, bien au contraire : ils contribuent au démantèlement des acquis ouvriers et du code du travail en discutant sans cesse avec les gouvernements et les patrons, ils aident la mise en place d’une politique anti-ouvrière en refusant de mobiliser et d’organiser les travailleurs à l’échelle du pays. Objectivement, ils trahissent les intérêts du mouvement ouvrier.

Il est nécessaire de nous réapproprier nos organisations syndicales, afin qu’elles jouent leur véritable rôle de défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs, en toute indépendance de classe vis à vis de l’État bourgeois et du patronat.

Nos militants ont rédigé un appel pour un syndicalisme indépendant, que vous trouverez dans ce journal, pour aider à la constitution de tendances et courants de lutte de classe dans nos syndicats. Nous voulons discuter ce texte avec différents secteurs du mouvement ouvrier et voir ce qu’il est possible de construire ensemble, contre la bureaucratie syndicale, pour la démocratie et l’indépendance de nos structures.

C’est notre devoir de militants ouvriers d’être le fer de lance d’une politique qui fasse vivre la démocratie à la base de nos syndicats et qui mobilise en permanence les salariés. C’est comme ça que nous pouvons donner confiance à de nouveaux syndiqués, renforcer nos sections et regagner nos syndicats.

Le combat pour l’indépendance syndicale doit s’étendre au minimum en Europe et à l’échelle internationale, car n’oublions pas que nos confédérations, en premier lieu la CGT et FO, sont adhérentes de la Confédération européenne des syndicats, qui participant au conseille de l’UE, en est le bras armés contre les travailleurs. Cette CES a encore tenu son congrès du 29 septembre au 2 octobre en y invitant F. Hollande, J.C. Juncker et M. Schulz !

Là encore, l’internationale ouvrière fait cruellement défaut aux travailleurs pour combattre la CES et pour constituer une réelle organisation syndicale européenne, une organisation de lutte de classe pour aider à la mobilisation au-delà des frontières.

Pour l’annulation de la dette

Les semi-colonies africaines savent combien leur dette publique auprès de la Banque mondiale, du FMI ou des investisseurs des pays impérialistes est, depuis leurs « indépendances », la cause de leur misère économique et sociale.

Ce problème de la dette concerne aujourd’hui tous les pays. Elle est le plus gros moyen de chantage des institutions capitalistes contre les travailleurs du monde entier. Cette dette publique a notamment explosé en Europe lorsque les gouvernements ont décidé, contre l’avis des populations, de sauver les banques qui avaient causé le crash de 2008. C’est au nom d’une dette totalement illégitime que l’on nous impose l’austérité.

La situation grecque a révélé l’urgence de ne plus faire confiance aux institutions européennes et d’annuler, dans tous les pays, la dette. L’exigence d’annulation de la dette est une revendication de plus en plus partagée dans le mouvement ouvrier. N’est-il pas temps d’impulser une grande campagne en France et au niveau international pour l’annulation de la dette?

Cette revendication peut non seulement aider à unifier les luttes en France, mais elle peut même être un point de jonction à l’échelle du continent européen, au minimum. Or, au siècle de la « mondialisation » capitaliste, notre combat ne se gagnera qu’à l’échelle internationale. C’est pourquoi la reconstruction de la IVe Internationale est clairement posée.

Or, l’exigence de l’annulation de la dette ne pourrait-elle pas être un levier pour ouvrir des discussions et des campagnes communes, dans tous les pays, dans la perspective de la reconstruction de l’Internationale?

Il est temps d’avancer sur nos deux pieds, tâcher à renforcer nos organisations nationales et s’efforcer de reconstruire la IVe Internationale ! Loin de s’exclurent, ces deux missions sont interdépendantes pour faire avancer le mouvement ouvrier dans son ensemble. Une campagne pour l’annulation de la dette pourrait remplir ces deux missions à la fois.

Il nous faut discuter, largement, sans sectarisme des perspectives qui s’offrent à nous, militants communistes, et de nos responsabilités dans la situation actuelle. L’argumentaire pour l’annulation de la dette écrit par nos militants est un texte que nous soumettons à réflexion dans ce sens.


1) Donald Tusk est le président du Conseil Européen. Jean-Claude Juncker, celui de la Commission européenne. Martin Schulz, celui du parlement de l’UE.