La colère des travailleurs d’ Air France

Air France, deux événements :

Un directeur devant des patrons rêve de supprimer les acquis sociaux

Alexandre De Juniac, directeur d’Air France – KLM, devant un auditoire de patrons dont le responsable du MEDEF, les 6 et 7 décembre 2014 s’exprime :Manifestation des salariés d'Air France

À propos des acquis sociaux, tout cela est « très flou », et les 35 heures : «  la durée du travail qui paraît-il est un acquis social, qu’est ce que cela veut dire pour un ingénieur qui a une tablette et un smart phone et qui travaille chez lui ? », l’âge de la retraite : « est ce que cela a un sens ? », sur l’interdiction du travail des enfants : « on a d’abord interdit aux enfants de moins de 8 ans de travailler, puis l’interdiction a été portée à 12 ans, puis à 16 ans. Qu’est ce qu’un enfant ? Est-ce qu’il faut les faire travailler, pas travailler ? Pas sûr ? »

Et de raconter une anecdote au sujet de la concurrence face à laquelle sa compagnie doit faire face :

« Comme le disait mon homologue de Qatar Airways, hier, à propos de la grève (grève de nov. 2014) : – Chez nous, ce ne serait pas possible. Ont les aurait tous envoyé en prison. ». Applaudissement dans la salle ! (source : Médiapart)

Il a été reconduit le 21 mai 2015 à la direction d’Air France – KLM avec l’accord du gouvernement français, dit « de gauche », qui détient 17% des parts d’Air France !

Ce discours n’a pas fait les choux gras de la presse ! Il est passé quasiment inaperçu !

Des salariés en colère face aux suppressions d’emplois

Après avoir menacé les pilotes d’Air France, qui refusaient 100 heures de vol supplémentaires par an, soit travailler plus et gagner moins, cette même direction a tenté de les opposer au reste du personnel avec un chantage inadmissible, les menaçant de supprimer des emplois en cas de refus !

Mais cette manœuvre a échoué. Le 5 octobre, dès qu’ils ont appris le plan de restructuration de la direction qui prévoit 2 900 suppressions d’emploi avec licenciements secs ou déguisés, (le Canard Enchaîné du 7 octobre évoque 5 000 suppressions d’emplois supplémentaires en 2017), environ 3 000 grévistes, personnels au sol, navigants et commerciaux, tous unis, se sont réunis devant le siège d’Air France, au moment où se déroulait le Comité Central d’Entreprise (syndicats et patrons) pour discuter de ce plan.

Le DRH d'Air France fuyant la colère des salariés sous bonne escorte.

Le DRH d’Air France fuyant la colère des salariés

Spontanément et massivement, plusieurs centaines de salariés, (selon plusieurs sources) ont envahi le CCE, passant outre la volonté des syndicats. Deux dirigeants, le Directeur des Ressources Humaines et le directeur du groupe sur le site d’Orly ont été malmenés.

La photo de ces dirigeants d’Air France, chemises déchirées, fuyant la colère des travailleurs a fait le tour du monde.

Tempête médiatique

Une tempête médiatique s’est déclenchée. Une véritable hystérie collective stigmatisant et criminalisant les travailleurs d’Air France !

Violences inacceptables, salariés voyous ! La presse, les politiciens de tout bord ont condamné ! La plupart des syndicats aussi ! La CFDT a condamné sans réserves les violences, la confédération FO les a déploré ! P. Martinez de la confédération CGT, avec une formule alambiqué, ne cautionne pas, mais ne condamne pas non plus. La CGT de l’entreprise condamne les agressions physiques ! Le SNLP (syndicat des pilotes) tout en déplorant « la répression violente de la manifestation des salariés pourtant calme et sereine » a condamné les débordements contre les dirigeants.

Le gouvernement Hollande, Valls, Macron qui démantèle le code du travail et qui veut s’attaquer au statut des fonctionnaires, a apporté tout son soutien aux dirigeants de l’entreprise et a demandé des sanctions contre les « voyous ». 10 plaintes ont été déposées « pour des violences ». Le gouvernement indique clairement : si vous ne marchez pas droit vous serez condamnés !

Et tout ce monde d’en appeler au « dialogue social apaisé ! »

D’où viennent les vraies violences ?

D’une direction, qui rêve de supprimer tous les acquis sociaux, de remettre les enfants au travail et qui a déjà supprimé 15 000 emplois depuis 2008 !

D’une direction, pour qui le personnel est un « coût », qu’il faut baisser à tout prix, pour satisfaire les appétits féroces des actionnaires et augmenter toujours plus les profits des capitalistes.

D’une direction qui, au nom de la concurrence des compagnies Low Cost, entend supprimer des milliers d’emplois et regarde avec envie du côté des pays sans droit du travail.

C’est la violence d’une classe, la bourgeoise, avec un gouvernement bourgeois, dit socialiste, à ses ordres, qui pour faire face à une crise économique sans précédent, fait payer aux travailleurs une dette dont ils ne sont pas responsables, en démantelant tous leurs acquis sociaux.

Une classe qui a besoin du « dialogue social », c’est à dire, de la complicité des directions bureaucratiques, avant tout, celles des confédérations syndicales, pour faire passer ses attaques contre les travailleurs et les jeunes. Mais ces attaques provoquent de plus en plus de colère et, en retour, des mobilisations de plus en plus radicales, qui présagent des explosions sociales de plus grande ampleur. Ces événements en témoignent.

Non, les travailleurs d’Air France ne sont ni des voyous, ni responsables de cette situation ! Mais leur explosion de colère se heurte aux gesticulations des directions syndicales, qui font tout pour les diviser et les cloisonner dans des conflits locaux, en refusant d’appeler l’ensemble des travailleurs à un grand mouvement d’ensemble contre la politique réactionnaire de ce gouvernement et des capitalistes.

Il est donc plus que temps de renouer avec un syndicalisme de lutte des classes, pour se réapproprier les syndicats, pour ouvrir la voie à la mobilisation unie des travailleurs, pour ouvrir la voie à la grève générale, pour un gouvernement par et pour les travailleurs, avec une exigence pure et simple, l’annulation de la dette. Un gouvernement qui déciderait immédiatement la nationalisation d’Air France sans indemnités ni rachat, et sous contrôle ouvrier !

Cela nécessite le combat pour construire un parti, au service des travailleurs, pour le socialisme, seule alternative au capitalisme.

Mobilisation unie des travailleurs contre la criminalisation de l’action syndicale !

Levée des inculpations contre les salariés d’Air France !

Non aux fausses négociations qui font reculer les droits des salariés !

Oui à la mobilisation unie pour la défense des acquis et pour de nouvelles conquêtes sociales !


 



 

Dernière minute

La répression syndicale commence !

Six salariés d’Air France, dont plusieurs membres de la CGT, ont été interpellés et placés en garde à vue. Certains ont été arrêtés chez eux dès six heures du matin, comme de vulgaires malfaiteurs. Le secrétaire général du CCE d’Air France, membre de la CGT a déclaré à ce moment là : « Je pense qu’il y aura d’autres salariés appartenant à d’autres syndicats qui seront mis en cause. Tout ça va continuer à faire bouillir la cocotte ». D’après lui, une vingtaine de personnes serait susceptible au total d’être inquiétée.

Cinq d’entre eux ont été déférés devant un magistrat du parquet pour « faits de violences en réunion ». Ils seront condamnés en correctionnelle le 2 décembre. Ils risquent jusqu’à 3 ans de prison !

Face à la mobilisation massive et déterminée des travailleurs d’Air France, face à la rage qui monte d’en bas contre les plans de la bourgeoisie, la dictature constitutionnelle de la Ve république est à l’œuvre !

Avec cette répression, le gouvernement Hollande / Valls / Macron et le patronat veulent faire peur aux travailleurs ! Mais bien malin celui qui peut dire aujourd’hui qu’elle sera leur réaction !

Mobilisation unie contre la répression syndicale

Aucune inculpation

Levée de toutes les sanctions disciplinaires à l’encontre de salariés de l’entreprise