Unité ouvrière contre l’état d’urgence et la guerre !

Ce 13 novembre 2015, l’islamisme pro-capitaliste et moyenâgeux de celui qu’on nomme État islamique (EI) a frappé à nouveau en plein Paris. 130 travailleurs et jeunes ont perdu la vie et plus de 300 ont été blessés dans les attentats. Nous condamnons cette tuerie et nous nous associons au deuil des familles et des amis qui ont perdu si brutalement leurs proches.

Comme on pouvait l’imaginer, la réponse donnée par le gouvernement impérialiste d’Hollande-Vals à cette tuerie ne s’est pas faite attendre : la déclaration de guerre à ce pseudo-état et surtout aux libertés démocratiques à travers la déclaration de l’état d’urgence.

Les CRS sur la place de la république

Des CRS sur la place de la république, le 29 novembre

Hollande profite de l’émotion créée par ce massacre pour décréter l’état d’urgence et imposer l’union nationale au nom de « la guerre contre le terrorisme ». Depuis ce soir-là, c’est le même refrain qui tourne en boucle : la France est en guerre. Les travailleurs sont donc sommés d’accepter toutes les mesures inhérentes à cette guerre : écoutes de toutes sortes, perquisitions et arrestations arbitraires sans aucun contrôle judiciaire, interdictions de manifester, augmentation du budget de la défense et restriction pour les services publics, etc.

Une guerre économique et sociale contre les travailleurs

Et qui va payer cette guerre en Syrie ? Les travailleurs, pardi ! Il n’y a soi-disant plus d’argent pour les services publics, pour les retraites, pour les salaires etc., mais le gouvernement et le parlement sont prêts à en trouver pour faire marcher l’industrie militaire (cf. encadré). De même, il semble que le gouvernement ait des réserves pour financer la répression en France.

François Hollande l’a d’ailleurs annoncé tout de go : « le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité ». Le « Pacte de stabilité », c’est à dire le remboursement forcé de la dette publique aux capitalistes rapaces, encore présenté au début du mois de novembre comme vital pour sortir du chômage et pour sauver « l’Europe », est en apparence relégué au second plan.

Le gouvernement est prêt à trouver tout l’argent qu’il faut pour financer des agents de polices, des armes et des caméras de surveillance.

Mais la réalité est qu’il n’y a aucune priorité quelconque ! Il ne s’agit même pas de déshabiller Paul pour habiller Pierre ! C’est tout simplement une intensification et un approfondissement des mesures d’austérité déjà existantes.

En plus des mesures d’austérité mises en place pour satisfaire les exigences patronales, casse de la Sécu, privatisations, facilitation des licenciements, il faut ajouter la déchéance de la nationalité pour les binationaux, et de nouvelles déclarations contre une politique d’accueil des migrants et pour stigmatiser les musulmans… les travailleurs vont maintenant devoir supporter le coût de guerres extérieures et intérieures.

Le bonapartisme institutionnel s’intensifie

L’état d’urgence est renforcé à coup de révision de la constitution ; ceux qui doutaient encore que la Ve République n’est qu’une dictature constitutionnelle, vont vite déchanter. De nombreux mouvements sociaux s’annonçaient vis-à-vis du gouvernement : contre les licenciements, contre la destruction du code du travail, contre la loi Macron… l’état d’urgence constitutionnalisé, qui entrave profondément la liberté de manifester, arrange bien la bourgeoisie.

À l’heure où des syndicalistes et des travailleurs en colère sont traités comme des délinquants, voire même comme de terroristes (à Air France par exemple), il est symptomatique que les rassemblements contre l’état d’urgence, pour soutenir les migrants ou pour l’écologie (COP 21) soient systématiquement interdits et réprimés.

Plusieurs préfectures ont profité de la possibilité de perquisitions, de nuit et sans contrôle judiciaire, pour

Manifestation de soutien aux assignés à résidence

intimider et assigner à résidence des militants écologistes. 58 manifestants soutenant les migrants, le 22 novembre à Paris, ont été interpellés et convoqués au commissariat. Ce sera plus de 180 interpellations la semaine suivante, place de la République, contre un rassemblement contestant l’état d’urgence. Le combat est déclaré contre les syndicalistes, les écolos, les internationalistes… Les militants du « mouvement social » sont ostensiblement confondus avec les terroristes islamistes réactionnaires du 13 novembre !

Pourquoi cette répression, alors que les manifestations sportives et commerciales sont autorisées ?

Emmanuel Macron, (Ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique) de passage à la Défense pour rassurer les investisseurs du premier quartier d’affaire européen, livrait sa réponse à la question. Pour lui, le djihadisme est né dans le « terreau » « des fermetures dans notre économie, dans notre société, les pertes d’opportunité, les plafonds de verre qui sont mis, les corporatismes qui se sont construits, qui à la fois se nourrissent de la frustration sur le plan individuel et créent de l’inefficacité sur le plan économique ».

Traduction du langage macronien : « fermetures dans l’économie » et « corporatismes » désignent les luttes des salariés pour le maintien de l’emploi, contre les privatisations ou contre la remise en cause du temps de travail. D’après le ministre de l’économie, les luttes de la classe ouvrière ont créé la misère sociale, terreau du djihadisme, alors que ses plans anti-ouvriers, travail le dimanche et la nuit, casse des prud’hommes et anéantissement du code du travail vont venir sauver la France du chômage et du terrorisme.

Union sacrée nationale pour la guerre et l’état d’urgence

« Quel cynisme ! » diront beaucoup d’entre vous en écoutant ces déclarations du Ministre E. Macron… Mais il peut se le permettre ! Le gouvernement « socialiste » bourgeois de Hollande – Valls – Macron compte bien sur l’appui de tous les partis institutionnels de la Ve république pour empêcher toute mobilisation des travailleurs et de la jeunesse contre l’aggravation des mesures d’austérité au nom de la guerre contre le terrorisme.

En votant la prolongation de l’état d’urgence, la quasi-totalité des députés a donné un blanc-seing au gouvernement dans sa guerre économique et sociale contre les travailleurs et les jeunes.

Les quelques critiques alambiquées et tièdes de « pseudo-réformistes » et « centristes de gauche » ne peuvent pas minimiser l’union sacrée constituée du Parti Socialiste au Front National, en passant par les Républicains, l’Union des Démocrates et Indépendants, les Verts… et le Front de Gauche, pour la prolongation de l’état d’urgence, donc les mesures contre les travailleurs.

Les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes !

Mais le gouvernement compte aussi avec la discrétion et « modération » des principales confédérations syndicales (CFDT, FO, CGT). À différents degrés, elles sont toutes engagées avec lui et le patronat sur les multiples fronts d’attaques contre les travailleurs, dans une politique de « négociations » à reculons ou de collaboration de classe tacite ou explicite (CFDT).

Qu’il s’agisse de la contre-réforme de retraites, des salaires, de la destruction des conventions collectives, du code du travail et aujourd’hui des mesures qui découlent de l’application de l’état d’urgence et de la guerre, les travailleurs sont laissés seuls à combattre, isolés dans leurs lieux de travail, leurs entreprises, leurs communes, leurs villes.

Pas de quoi s’étonner donc, qu’aucune condamnation ferme et encore moins des appels nationaux unitaires ne soient lancés, pour s’opposer, par les méthodes traditionnelles de lutte du mouvement ouvrier, la mobilisation, à cette union sacrée, qui sous un faux prétexte nous interdit de manifester et de combattre leur politique ?

Le gouvernement dit répondre au terrorisme en renforçant la répression contre les travailleurs et les jeunes, en détruisant le code du travail et en nous faisant payer le poids de la dette et de la guerre. Mais en réalité, cet état d’urgence ressemble de plus en plus à un état de siège contre le mouvement ouvrier.

Il faut aujourd’hui nous unir, travailleurs et jeunes, contre le chômage imposé par le capitalisme, nous battre pour une éducation et une santé publique pour tous, pour un vrai travail et un vrai salaire pour tous, lutter ensemble contre les divisions racistes, pour la laïcité !

Pour cela, il faut l’unité la plus large de la classe ouvrière pour la levée de l’état d’urgence et pour exiger l’arrêt immédiat de toutes les poursuites visant des manifestants ou des militants liés aux combats sociaux.

Le GSI est prêt à s’associer à toute initiative en ce sens.

Chaque jour le système capitaliste se décompose un peu plus, laissant dans la famine et les ravages de la guerre des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants. La construction d’un nouveau et véritable parti révolutionnaire, et d’une Internationale Ouvrière, se fait d’autant plus pressante. Nous avons besoin d’un parti, authentiquement socialiste et d’indépendance de classe pour aider à la mobilisation unie et permanente des travailleurs et des jeunes. Pas pour gagner une ou des élections, mais pour la prise du pouvoir.

– pour une éducation publique pour tous les jeunes !

– pour un système de santé intégralement publique, afin de donner un accès gratuit aux soins à tous !

– pour l’annulation de la dette et la nationalisation des banques !

– pour un vrai travail et un vrai salaire pour tous, afin de permettre à tous de vivre dignement !

Il y a urgence. Mais nous sommes convaincus qu’à travers les nombreux combats qui nous attendent, les possibilités de jeter les bases de ce parti se poseront à chaque organisation, à chaque militant, à travers des manifestations, des campagnes et des résolutions communes.

Dès aujourd’hui, unité ouvrière pour dire :

Arrêt des bombardements en Syrie !
Levée de l’état d’urgence !
Unité ouvrière contre l’état d’urgence et la guerre !