Unité pour la relaxe immédiate des huit salariés condamnés de Goodyear

La dictature constitutionnelle de la VRépublique et son instrument, l’état d’urgence, sont à l’œuvre. Après les seize salariés d’Air France sanctionnés (dont cinq licenciés), c’est au tour, le 12 janvier, de huit anciens salariés et militants syndicaux de l’usine Goodyear d’Amiens nord, d’être lourdement condamnés par le tribunal correctionnel à deux ans d’emprisonnement dont neuf mois ferme pour avoir, selon l’accusation, « séquestré » le 6 et 7 janvier 2014 deux cadres dirigeants. Cette violence de la justice patronale, la condamnation à la prison ferme de travailleurs, d’ouvriers syndicalistes, est une première dans le cadre de la VRépublique.12_janvier_-_goodyear_-_sortie_tribunal

Ces travailleurs qui se battent depuis des années contre la fermeture de leur usine et la suppression de 1 143 emplois ont tout fait, dans une lutte dure, pour sauver leur outil de travail. Ils ont vécu un conflit où la violence patronale s’est déchaînée pour leur faire peur et, malgré les brimades et chantages permanents avec des vigiles et des hommes de main en permanence dans les ateliers, ils ont continué à se battre.

Ils ont continué à se battre seuls face à une justice qui a démontré son caractère de classe, au service de la bourgeoisie, du patronat. Plus de 450 plaintes ont été déposées par les salariés de Goodyear pour harcèlement ou mise en danger. Toutes ont été classées sans suite… à la poubelle !

De quoi être en colère contre cette multinationale nord-américaine, Titan, propriétaire de Goodyear.

Comment ne pas comprendre que la colère et le désespoir face à la violence patronale se soient manifestés dans cette assemblée de salariés avec la direction, au mois de janvier 2014, par la rétention de deux cadres ?

Cette action de classe face à un patronat décidé à démanteler l’outil de travail, à délocaliser pour mieux spéculer et faire du profit n’est pas quelque chose de nouveau dans les méthodes de lutte de la classe ouvrière. Jusqu’à aujourd’hui, la réaction de l’État capitaliste, ses gouvernements et son appareil régalien (police, justice) s’était limitée à de simples arrestations et des amendes.

Mais dans le conflit de Goodyear où toutes les plaintes avaient été retirées, la décision du procureur de la République, magistrat dépendant directement du ministère (donc du gouvernement Hollande, Valls, Taubira), de condamner huit salariés à la prison ferme indique la volonté de la bourgeoisie et du gouvernement patronal de Hollande de passer à un niveau supérieur et d’aller jusqu’au bout dans la criminalisation de la lutte syndicale.

Le patronat et le gouvernement à sa botte ont peur !

Cette violence du gouvernement bourgeois de Hollande n’est pas sans rapport avec la crise du système capitaliste et la résistance du mouvement ouvrier.

L’aggravation de la crise de l’économie capitaliste, les craintes d’un nouveau krach chinois qui plomberait l’économie mondiale et spécialement celle des puissances impérialistes, l’intensification de la guerre économique inter-impérialiste qui fait rage, en tirant les coûts de production de plus en plus vers le bas, l’afflux en Europe de milliers de réfugiés en fuite de la barbarie impérialiste d’Afrique, du Proche et du Moyen-Orient (en particulier de la Syrie) aggravent les contradictions du capitalisme européen (avec son flot de racisme et de nationalisme) et les tendances à la désagrégation de l’Union européenne. Un ensemble de situations qui crispe et fait peur à la bourgeoisie et au gouvernement Hollande.

01-goodyear_drapeau_-_feuIls ont surtout peur de la sanction infligée par les travailleurs et la dégringolade qui s’ensuit, sur le terrain déformé de la lutte de classe que représentent les élections, à tous les partis institutionnels dont la décomposition s’accélère. Peur de la lutte de classe qui s’approfondit, avec une multiplication des grèves et des manifestations, certes isolées par la politique de collaboration de classe des confédérations syndicales mais pas moins nombreuses et chaque fois plus dures.

C’est la raison pour laquelle le patronat et son gouvernement « socialiste » vont tout tenter pour mater la résistance des travailleurs et faire de cette condamnation un exemple pour terroriser les travailleurs et la jeunesse dans les futures mobilisations. C’est ce qu’a très bien exprimé Reynald Jurek, un des inculpés de Goodyear, en dénonçant une « décision purement politique » et en affirmant : « Le gouvernement a voulu faire de nous un exemple et dire aux gens : ”’ Faites attention, si vous vous battez pour votre boulot, regardez ce qui peut vous attendre.  »

L’état d’urgence : une arme au service du patronat

La proclamation de l’état d’urgence a bien aidé le gouvernement réactionnaire Hollande, Valls, Taubira pour prendre la décision d’emprisonner les huit salariés de Goodyear, licencier les travailleurs d’Air France, etc.

Les actions terroristes minoritaires pro-capitalistes et moyenâgeuses de Daesh ont bien aidé le gouvernement pour se débarrasser de toute contrainte juridique, pour s’attaquer aux libertés démocratiques et à tout mouvement social, syndical et politique que ce gouvernement considère dangereux ou comme mettant en cause ses décisions. C’est déjà le cas à Nantes, avec le jugement en correctionnelle, le 24 février, de dix-neuf conducteurs de tracteurs qui ralentissaient la circulation et qui risquent deux ans d’emprisonnement, 4 500 euros d’amende et six points de leur permis de conduire.

À l’ombre de l’état d’urgence, tout doit être fait par le gouvernement « socialiste » bourgeois de Hollande pour anéantir tout élan de résistance et la mobilisation des travailleurs, surtout maintenant qu’il se prépare à supprimer dans quelques mois plus de mille articles dans le code du travail, en le vidant de son contenu, avec comme toile de fond sa destruction.

C’est ce qu’ils veulent… mais vouloir, c’est une chose, le faire, c’est une autre paire de manches !

La condamnation de huit salariés de Goodyear a conduit à un énorme regain de solidarité et de colère chez les travailleurs et qui tôt ou tard va s’exprimer dans la rue.

C’est ce que le dirigeant CGT de Goodyear Mickaël Wamen a expliqué au Grand Journal de Canal + : « À un moment donné il va se passer quelque chose, parce que les gens ne vont pas pouvoir continuer à s’écraser. Je le dis à chaque fois que j’ai l’occasion de le dire… Je dis aux gens d’arrêter d’exprimer leur colère dans les urnes en votant Front national. La colère doit s’exprimer dans la rue. De tout temps, il y a eu 36, il y a eu 69 (1), il s’est passé un certain nombre de choses ; les gens sont descendus dans la rue, et ce n’est pas François Hollande qui va changer quelque chose, c’est à nous maintenant de prendre le pouvoir ! »

Unité pour la relaxe immédiate de huit salariés condamnés de Goodyear !

Unité pour la levée de l’état d’urgence !

1) La grève générale de 1968 a mené à la défaite et au départ de De Gaulle l’année suivante.