Crise du capitalisme à l’échelle internationale : le fond de l’air est rouge

Depuis de nombreux mois, la violence à l’égard des travailleurs, des jeunes et de la population s’est accrue à l’échelle internationale. Chaque jour, le système économique et l’infime minorité qui en tire profit exhibent un peu plus leur cynisme et leur mépris à l’égard de l’immense majorité en multipliant les guerres, en accaparant un maximum de richesses, en enfonçant dans la misère des pans entiers de la population.

Cette situation n’a que trop duré et appelle une thérapie de choc. Le monde actuel marche sur la tête alors même que nous avons aujourd’hui les capacités techniques et économiques pour satisfaire les besoins sociaux de l’ensemble de la population mondiale. Le principal obstacle réside dans la propriété privée des moyens de production et d’échange qui permet à cette minorité de s’approprier toujours plus les richesses produites par les travailleurs. Y mettre un terme est une étape incontournable, sans laquelle l’emprise des bourgeoisies sur le monde ne pourra être véritablement et définitivement dénouée.

La fuite en avant d’une économie en crise

L’offensive contre les travailleurs, les jeunes et la population ne date pas d’hier. Cependant, une nette accélération est perceptible depuis maintenant près de dix ans. Confrontées à une crise financière et économique d’une ampleur inédite, les bourgeoisies ont été contraintes de mettre les bouchées doubles. L’explosion des dettes publiques, née des largesses financières accordées aux entreprises depuis des décennies et du renflouement du système bancaire au bord de l’asphyxie, a contraint les bourgeoisies à accélérer le rythme des attaques contre les droits démocratiques et sociaux, en privilégiant les salaires. Payer la dette ou périr, tel est le refrain que nous entendons mois après mois pour nous imposer le paiement de la crise. L’efficacité du discours montre toutefois aujourd’hui ses limites. Et pour cause !

Les riches de plus en plus riches…

En janvier dernier, Oxfam, une organisation non gouvernementale de lutte contre la pauvreté, a publié un rapport intitulé « Une économie au service des 1 % ». Son contenu est limpide : soixante-deux personnes possèdent aujourd’hui autant que la moitié de la population mondiale (3,5 milliards de personnes) et cette concentration phénoménale s’est accélérée avec la crise profonde qui frappe l’économie mondiale depuis 2007. Ainsi, le patrimoine de la moitié la plus pauvre de la population mondiale s’est réduit de mille milliards de dollars depuis 2010, tandis que dans le même temps le patrimoine des soixante-deux personnes les plus riches du monde s’accroissait de quelque cinq cents milliards de dollars.

grâce aux paradis fiscaux

Plus récemment, les « Panama papers », une fuite massive de données informatiques appartenant au cabinet d’affaires panaméen Mossack Fonseca et exploitée par une centaine de journaux à travers le monde, ont jeté une lumière crue sur l’ampleur et les ramifications de la finance de l’ombre. Les premières conséquences politiques n’ont pas tardé à se faire ressentir, en Islande, au Royaume-Uni, au Brésil ou encore en Argentine où les dirigeants politiques au pouvoir sont contraints de s’expliquer sur la présence de leur nom ou de celui de leurs proches dans les révélations.

Manifestation contre le Premier Ministre islandais Gunnlaugsson à Reykjavik le 5 avril 2016

Manifestation contre le Premier Ministre islandais Gunnlaugsson à Reykjavik le 5 avril 2016

Au-delà des cas particuliers – grands patrons, personnalités politiques, sportifs de haut niveau –, cette affaire révèle également le niveau incroyable de parasitisme atteint par ce système économique et le cynisme de la bourgeoisie qui, d’un côté, met en place pour ses profits des places financières échappant à tout contrôle officiel et à toute fiscalité, tout en imposant, de l’autre une offensive en règle contre les services publics, le droit du travail, la protection sociale, les retraites, etc.

On y apprend ainsi que la Société générale, déjà au cœur de l’affaire Kerviel, a mis sur pied près d’un millier de sociétés offshore avec la complicité de Mossack Fonseca. Frédéric Oudéa, son grand patron, jurait pourtant la main sur le cœur depuis 2012 que la banque n’était plus présente dans les paradis fiscaux, et notamment au Panama.

Le discours sur la prétendue « moralisation du capitalisme », tant promise après la crise des subprimes en 2008 par les institutions financières et les gouvernements, s’effondre une fois de plus, tout comme le discours sur les « déficits », la « dette » et les « nécessaires sacrifices ». Avec un minimum de 25 000 à 30 000 milliards de dollars en circulation dans les paradis fiscaux, de l’argent, il est clair qu’il y en a.

Un état de guerre permanente

Mais cet argent, lorsqu’il ne sert pas à spéculer sur la misère des peuples, est mobilisé pour l’arsenal militaire et les guerres qui ne disent pas leur nom. Afghanistan, Irak, Haïti, Côte-d’Ivoire, Libye, Ukraine, Syrie, la liste des conflits menés par les principales puissances impérialistes ne cesse de s’allonger depuis 2001.

La Syrie, épicentre de la guerre

L’épicentre est actuellement la Syrie, avec plus de 270 000 morts, plus de dix millions de réfugiés et un demi-million de personnes toujours prises au piège au milieu des combats opposant les troupes de Bachar el-Assad, la rébellion anti-Assad dont la composition comprend des groupes affiliés à l’Armée syrienne libreainsi que l’organisation Front al-Nosra (branche syrienne d’Al-Qaïda), les Kurdes de Syrie et les milices de l’État islamique (EI).

Carte de la guerre en Syrie (3 avril 2016) © Thomas van Linge | pietervanostaeyen.wordpress.com

Carte de la guerre en Syrie (3 avril 2016) © Thomas van Linge | pietervanostaeyen.wordpress.com

Cette guerre a débuté au printemps 2011 avec la violente répression des manifestations qui dénonçaient le régime d’el-Assad. Celui-ci, après avoir vacillé, a repris le dessus grâce au soutien inconditionnel de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais. La rébellion anti-Assad, après plusieurs victoires, se réduit désormais sur le terrain militaire au Front al-Nosra, lequel est financé par le Qatar et l’Arabie Saoudite, tandis que les États-Unis soutiennent militairement les forces clairsemées de l’Armée syrienne libre tout en bombardant massivement les positions de l’État islamique. Celui-ci dispose de ressources militaires et économiques importantes, même s’il est en difficulté depuis sa défaite devant Kobané face aux forces kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) au début de l’année 2015. En dépit du soutien financier et tactique de la Turquie, l’EI n’est pas parvenu à venir à bout des Kurdes et doit désormais faire face à une coalition entre les États-Unis, la Russie et l’Iran.

Refusant de prendre parti entre partisans de Bachar el-Assad et rebelles, exclus des « négociations officielles », les Kurdes de Syrie se sont imposés militairement comme principale force de résistance à EI. Après avoir pris le contrôle des trois quarts des 800 kilomètres de frontière entre la Turquie et la Syrie, ils tentent désormais d’asseoir leur province autonome, annoncée en mars dernier, dont le cœur est constitué d’Afrine et Kobané dans la province d’Alep et de Jaziré dans la province de Hassaké.

Aujourd’hui, la région est plus divisée et instable que jamais. Cette guerre est partie pour durer, dans la mesure où aucun des acteurs n’est aujourd’hui en capacité de l’emporter et d’imposer sa victoire. En attendant, chaque belligérant essaie de tirer profit de la situation et de se positionner au mieux pour l’avenir.

Des résistances tenaces

Les révolutions du « Printemps arabe », commencées à la fin de l’année 2010, ont marqué un tournant dans les esprits. En mettant à bas des régimes dictatoriaux, corrompus, ces mobilisations ont fait naître espoirs et convictions que la lutte pouvait ouvrir des brèches. Si les processus révolutionnaires ont été muselés (Égypte, Syrie) ou étouffés (Tunisie), l’heure n’est pas au retour à l’ordre. L’aggravation des conséquences de la crise pour l’immense majorité entraîne bien au contraire des réactions et, partout, s’allument des foyers de résistance.

La mobilisation massive des Brésiliens contre les scandales de corruption du gouvernement de Dilma Rousseff et de l’ancien président Lula, la démission imposée au Premier ministre islandais par la rue pour sa détention d’avoirs financiers dans des paradis fiscaux ou encore la mobilisation en France contre la loi Valls-El Khomri illustrent le degré de ras-le-bol, de colère des travailleurs, des jeunes et de la population.

Manifestation des General Electric à Paris le 8 avril 2016

Manifestation des General Electric à Paris le 8 avril 2016

On peut mentionner la journée de grève et de manifestation organisée par les syndicats européens de General Electric le 8 avril dernier pour dénoncer le plan de licenciement de 6 500 postes en Europe après le rachat d’une partie d’Alstom. 3 000 salariés venus d’Allemagne, de France, d’Espagne, d’Italie, de Belgique et de Pologne ont ainsi manifesté sur le parvis de la Défense, tandis que des grèves et des débrayages se déroulaient simultanément dans une quarantaine de sites européens du groupe.

On peut enfin ajouter la grève générale menée depuis plus de deux semaines par une intersyndicale à Mayotte pour obtenir l’égalité réelle avec la métropole, notamment par l’application du code du travail et de la protection sociale et l’alignement du salaire minimum, des prestations sociales et des retraites. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle de la Guadeloupe et de la Martinique en 2009.

Museler les oppositions

Face à cela, les bourgeoisies pratiquent la répression, dans l’espoir de tuer dans l’œuf les contestations et les oppositions.

En France…

Ainsi, en France, l’heure est au durcissement : arrestations de militants et de manifestants, poursuites judiciaires, dépénalisation du délit d’entrave à l’action syndicale par la loi Macron, refus de promulguer des lois d’amnistie sociale, fichage ADN des militants, interdictions des manifestations et assignations à résidence de militants dans le cadre de l’état d’urgence, consignes de fermeté données aux procureurs. Parmi les cas les plus emblématiques, citons la condamnation des huit de Goodyear à des peines de prison ferme, les procès menés contre les syndicalistes d’Air France ou du secteur de l’énergie ou encore les poursuites engagées à l’encontre d’une inspectrice du travail, de plusieurs médecins du travail pour avoir simplement effectué leur travail.

Il ne faut pas non plus oublier les violences perpétrées par la police ou la gendarmerie durant ou en marge des manifestations, comme au lycée Bergson (Paris XIXe arr.) le 24 mars dernier. Un récent rapport de l’ACAT, Association chrétienne de lutte contre la torture, fait ainsi état d’un mort et d’un minimum de trente-neuf personnes gravement blessées par des tirs de flashball depuis 2004 dont vingt et une ont perdu la vue d’un œil. Le fait qu’une victime sur deux ait moins de vingt-cinq ans en dit long sur le sort que réservent nos gouvernants à la jeunesse.

comme à l’étranger

Mais il n’y a bien évidemment pas qu’en France que la politique du bâton se généralise. Le site internet LabourStart (www.labourstart.org) recense aujourd’hui des dizaines de cas emblématiques de répression antisyndicale à l’échelle internationale : Miguel Ángel Beltrán, professeur à l’université nationale de Colombie condamné à huit ans de prison pour « rébellion » ; Sheriff Diba, décédé dans une prison gambienne pour s’être opposé à la hausse des taxes à la frontière ; Saïd El Hairech, militant d’une filiale marocaine de l’entreprise maritime CMA-CGM qui, après avoir passé trois mois en prison, est désormais la cible d’intimidations ; Esmail Abdi, enseignant iranien condamné à six ans de prison pour avoir tenté de participer à un congrès syndical international ; Han Sang-Gyun, président de la Confédération coréenne des syndicats (KCTU), emprisonné avec plusieurs dirigeants de syndicats suite à leur participation à une manifestation dénonçant les attaques contre le droit du travail.

Alors que la crise économique et financière de 2007-2008 n’en finit pas de faire ressentir ses conséquences et que les indices d’une nouvelle secousse s’accumulent (voir L’Internationaliste n° 160), les principales puissances impérialistes à l’échelle internationale sont confrontées à une situation explosive au Proche-Orient, une fragilité importante de leurs institutions, un discrédit croissant sur leurs gouvernements et à la montée de la lutte des classes.

Face à cela, la question centrale reste celle de l’unification des luttes, à l’échelle nationale et internationale, sur la base du refus du démantèlement des conquêtes ouvrières, des licenciements et des bas salaires au nom de la réduction des « dettes publiques » et de la course à la misère induite par la « course à la compétitivité ». Des initiatives concrètes existent, à l’image des comités de lutte créés en soutien aux Goodyear ou de l’action des salariés de General Electric, saisissons-nous-en pour les faire grandir et les multiplier. La victoire passe par ce chemin.