Non à la fermeture d’Alstom Belfort !

Le 7 septembre dernier, la direction du groupe Alstom, spécialisé dans les transports ferroviaires, a annoncé la fermeture de l’usine de Belfort, qui compte 500 salariés, tandis qu’elle organisait avec la SNCF un grand raout sur le « TGV du futur ». En guise de consolation, proposition était faite aux ouvriers de rejoindre l’usine de Reichshoffen, à 200 kilomètres de là.

1609-ils-4-hollandeDétenu à 20 % par l’État depuis son sauvetage financier en 2004 alors que N. Sarkozy était ministre de l’Économie, Alstom a récemment défrayé la chronique lors du rachat de ses activités « Énergie » par le groupe General Electric (GE). La vente a rapporté la coquette somme de 9,7 milliards d’euros en novembre 2015 qui a été redistribuée pour un tiers (3,2 milliards !) aux actionnaires sous la forme d’une offre de rachat d’actions. Dix-huit mois plus tard, GE annonçait la suppression de 10 000 emplois – un poste sur six – en Europe dans l’ex-division d’Alstom, le tout pour garantir un taux record de rentabilité de 16 %.

Opération baratin

Sans tarder, le bal des bonimenteurs s’est élancé, chacun des candidats à la présidentielle y allant de sa petite phrase : « inacceptable » pour A. Montebourg, ex-ministre du Redressement productif, « dans la méthode, pas acceptable » pour E. Macron, ex-ministre de l’Économie, tandis que N. Sarkozy s’épanchait sur ce dernier en expliquant qu’« il n’a[vait] rien fait, c’est désolant ».

Branle-bas de combat également au gouvernement qui, à moins d’un an des élections présidentielles, espère faire oublier ses trahisons sur les fermetures d’Arcelor-Mittal Florange et de Citroën Aulnay. M. Sapin a ainsi expliqué que le gouvernement faisait « en sorte qu’à Belfort les activités ferroviaires d’Alstom soient maintenues » et en promettant « du travail pour ceux qui aujourd’hui sont inquiets pour leur avenir ».

L’épouvantail de la nationalisation

Une nouvelle fois, la nationalisation est avancée comme une solution au problème. La nouveauté réside dans le spectre politique couvert : le souverainiste N. Dupont-Aignan (Debout la France), qui a promis de nationaliser EDF-GDF dans son programme, est ainsi favorable à une « renationalisation provisoire de l’entreprise et à une prise de participation de l’État plus importante ». De même que le Front national, qui dans un communiqué du 12 septembre estime que la nationalisation peut être « une solution ». De son côté, J.-L. Mélenchon (Parti de gauche) affirme que la nationalisation d’Alstom est « indispensable », tandis que J.-P. Chevènement établit le parallèle avec la nationalisation de Renault à la Libération.

Résolument opportuniste, cet engouement n’entend pas répondre aux attentes des travailleurs du groupe Alstom. La « nationalisation » promise par ces différents secteurs est à l’opposé de l’intérêt des travailleurs : expropriation, sans indemnité ni rachat, des actionnaires privés et contrôle ouvrier sur la production. Comme cela fut le cas des nationalisations accomplies entre 1982 et 1984, le véritable objectif est de défendre les intérêts de la bourgeoisie nationale, de faire supporter les coûts de la restructuration de la filière par l’État, avant une privatisation à vil prix au plus grand bénéfice – une nouvelle fois – de la bourgeoisie.

La riposte ouvrière

alstomCôté ouvriers, la riposte s’organise. Après une première manifestation appelée par l’intersyndicale qui a rassemblé deux mille personnes à Belfort le 15 septembre, une seconde journée – « ville morte » – a rassemblé le 24 septembre 4 à 5 000 personnes. Des actifs, des retraités, des étudiants de Belfort, de Franche-Comté et même d’ex-salariés des hauts-fourneaux de Florange ont défilé, avant de se donner rendez-vous le 27 septembre pour une action devant le siège social à Saint-Ouen où se tiendra le comité central d’entreprise.

Face à la crise économique, à la casse du code du travail, aux licenciements, les travailleurs ne peuvent et ne doivent rester isolés, sans perspective. La solidarité de classe, un programme revendicatif clair et sans concessions, une organisation démocratique qui se batte jusqu’au bout, voilà ce dont nous avons besoin !

C’est ce à quoi nous nous sommes attelés avec le groupe La Commune en lançant le 1er septembre un appel à la constitution d’un pôle lutte de classes. Lisez, signez, faites signer et rejoignez-nous dans ce combat pour l’unité et la rupture, pour vaincre et vivre !


Encart. Et pendant ce temps-là…

Airbnb, qui propose des hébergements chez l’habitant, vient d’annoncer que sa valorisation financière avait atteint trente milliards de dollars, soit davantage que des géants de l’hôtellerie comme AccorHotels, Hilton ou encore Marriot.

Simple service en ligne, contrairement à ses concurrents qui possèdent du capital immobilier et emploient du personnel, cette entreprise accumule pourtant les déficits sans dégager le moindre profit. Une spécificité qu’elle partage avec Uber, le service de voitures de transports avec chauffeur, valorisé à quelque 68 milliards de dollars.

Ce qui n’empêche pas les milliards de la spéculation d’affluer, alimentant toujours plus les bulles spéculatives sur les « nouvelles technologies ».