Grève à Gibert Joseph : « Il y a eu une vraie détermination des collègues »

Interview de Manon, militante CGT Gibert Joseph.

Peux-tu rappeler quelles étaient vos revendications lors de cette importante grève à Gibert Joseph ?

Les revendications étaient la fin de la procédure de licenciement contre notre collègue Aymeric et la prise en compte par la direction de problèmes dus à un management inadapté, pas formé, entrainant du stress et de la souffrance chez un certain nombre de collègues.

Le cas d’Aymeric est lié à ce management : une responsable a été mutée au service caisse au milieu d’une équipe qui fonctionnait très bien jusque là. On lui a donné le rôle de responsable du service sans prendre le temps de discuter avec l’équipe du nouveau rôle de chacun. Cela a créé des tensions, du stress et enfin de la colère que la direction s’est empressée de juger comme une « faute » justifiant un licenciement. Il faut savoir qu’Aymeric est syndiqué, qu’il ne s’en cache pas et qu’il a prévu de se présenter au élections professionnelles.

A côté de ça, depuis deux ans la direction traite les instances représentatives (CE, CHSCT, DP) avec un mépris de plus en plus marqué. Lors de la dernière réunion des délégués du personnels, le DRH avait passé les bornes et empêche tout dialogue.

Au moment de l’entretien préalable d’Aymeric, notre section syndicale CGT, a appelé à débrayer. Une cinquantaine de collègues se sont mis en grève. L’Union Syndicale CGT Commerce de Paris  est venue en nombre soutenir le débrayage. A la fin de l’entretien préalable à licenciement, Aymeric et Rémy, qui l’assistait, nous ont confirmé que l’argument de la direction pour justifier le licenciement était uniquement le ton employé par Aymeric avec sa responsable. Nous avons voté à l’unanimité la grève jusqu’au lendemain matin. Puis samedi matin, lundi matin et mardi matin.

Alors que les commerces culturels sont traversés par des grèves qui durent, dont la FNAC est un symbole, pourquoi, d’après toi, la direction de Gibert Joseph a-t-elle lâché au bout de 4 jours ?

Je pense que la direction a vu que nous pouvions tenir dans le temps : du samedi au mardi nous étions le même nombre de grévistes et la plupart des collègues non-grévistes soutenaient la grève.

La direction a aussi, enfin, compris qu’il y avait des problèmes sérieux dans un certain nombre de services et que ce n’était pas la CGT qui montait en épingle de faux problèmes. La délégation, qui a discuté avec la direction, était composée de jeunes syndiqués et de non-syndiqués (aucun représentant du personnel). Ils ont montré la volonté de dialoguer et d’être écouté que ressentent l’ensemble des collègues.

A Gibert, nous avons gagné en confiance. Personnellement, je ne pensais pas qu’on tiendrait aussi longtemps et chaque matin, avant d’arriver, j’angoissais que le nombre de grévistes ait diminué de moitié. Il y a eu une vraie détermination des collègues.

Notre victoire montre qu’un travail syndical régulier et sérieux crée un climat de confiance avec les collègues. Je pense que si notre mobilisation a été autant suivie c’est parce que lorsqu’on a appelé à débrayer, alors qu’on ne l’avait pas fait pendant les NAO en décembre, les collègues ont compris que la direction avait passé les bornes. La personnalité d’Aymeric et son ancienneté ont bien sûr joué aussi mais sans ce contexte particulier je ne pense pas que ça aurait tenu.


Voir le communiqué des grévistes de Gibert Joseph aux clients.

Voir la pétition de soutien.