Assez de tergiversations, grève illimitée !

Sitôt installé, le gouvernement Macron-Philippe a mis en œuvre son programme de combat contre les conquêtes ouvrières, en commençant par l’approfondissement des attaques contre le code du travail, bien entamé par les lois Rebsamen, Macron et El Khomri de 2015-2016. Réalisée tambour battant durant l’été par voie d’ordonnances, cette guerre éclair avait pour objectif de neutraliser la résistance des travailleurs. Elle a pu obtenir le soutien explicite de plusieurs confédérations syndicales (CFDT, FO, CFTC) et le silence complice des autres.

À la CGT, discuter… plutôt que mobiliser

Ainsi, durant l’été, les directions syndicales, dont la CGT, ont accepté de rencontrer le nouveau gouvernement pour six semaines de « concertation » sur le contenu des ordonnances. À la lecture des comptes-rendus de la délégation CGT, disponible sur le site internet confédéral, on ne peut que constater le décalage stupéfiant entre la violence des attaques portées contre le droit du travail et la mollesse de la réaction.

Ainsi, lors de la seconde rencontre bilatérale avec le gouvernement, le 21 juin, la délégation CGT réclame « l’organisation d’une séance multilatérale avec tous les acteurs autour de la table, bref une vraie concertation qui permette l’échange, le débat et la confrontation des idées. Le directeur de cabinet [de la ministre du Travail] nous a répondu que nous étions les seuls à en faire la demande, ce que nous n’osons croire ». Cela est presque touchant de naïveté, lorsque l’on sait que le directeur de cabinet n’est autre qu’Antoine Foucher, ancien directeur des relations sociales du Medef.

Lors de la troisième rencontre bilatérale, une semaine plus tard, la délégation CGT conclut, après la présentation par le ministère du Travail de sa volonté de fusionner les instances représentatives du personnel et la possibilité donnée d’y inclure les prérogatives de négociation des délégués syndicaux, que « ce système a pour objectif pur et simple de faire disparaître à terme le syndicat de l’entreprise ». Pour toute réponse, elle fait part « de son désaccord vif et fondamental »…

Pendant que la délégation « s’inquiète » beaucoup du contenu des ordonnances et dénonce « l’extrême rapidité des discussions », la CGT publie un communiqué le 28 juin qui s’achève sur une annonce. La CGT « créera toutes les conditions pour que s’ouvre une véritable négociation à partir de ses propositions d’un Code du Travail du XXIe siècle et de celles remises à la ministre du Travail le 3 juin, résolument tournées vers l’avenir pour les salariés » et appelle pour cela à une mobilisation… le 12 septembre.

Mailly dévoile son jeu

Pendant ce temps, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, félicitait Muriel Pénicaud, ancienne DRH du groupe Danone nommée ministre du Travail, pour « sa grande expérience » et affirmait sans rougir que légiférer par ordonnances n’était « pas un problème », si « on était d’accord sur le contenu » et qu’il y avait « des marges de manœuvres ».

Alors qu’il refusait de s’associer à l’appel du 12 septembre, Stéphane Lardy, son bras droit et socialiste bon teint, était récompensé en devenant directeur de cabinet adjoint, aux côtés d’Antoine Foucher… Jean-Claude Mailly coupait ainsi l’herbe sous le pied Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT qui s’était illustré durant la mobilisation contre la loi El Khomri par un soutien sans failles au gouvernement et qui comptait bien récidiver avec le gouvernement Macron-Philippe.

Une colère palpable

La mobilisation du 12 septembre regroupe, selon les organisateurs, 400 000 manifestants en France, dont 60 000 à Paris. Loin d’être une défaite, comme se plaisait à la qualifier le quotidien Le Figaro, cette journée dépassait dans sa composition le cercle des permanents et des élus syndicaux, pour rassembler autant de manifestants que le 9 mars 2016, première mobilisation contre la loi El Khomri. Et ce, alors même que les étudiants, ayant tout juste repris les cours, n’étaient pas encore pleinement mobilisés et que le ras-le-bol était palpable dans les cortèges. Les travailleurs, en dépit de l’adoption au forceps de la loi El Khomri en 2016, de la violente répression policière et patronale des mobilisations, ne baissent pas les bras.

La seconde date, appelée le 21 septembre, veille de la présentation du projet d’ordonnances en Conseil des ministres, est marquée par une participation en baisse, même si la CGT revendique plusieurs centaines de milliers de manifestants et des milliers d’arrêts de travail. Malgré tout, les manifestants ne sont pas ceux du 12 septembre, signe de l’élargissement de la mobilisation.

Dernier élément, plusieurs organisations de Force ouvrière (58 unions départementales sur 97 et 8 fédérations professionnelles) et de la CFDT étaient présentes dans les cortèges. L’attitude de leurs directions syndicales respectives n’est donc pas unanimement partagée.

Mailly est mis en minorité

Jean-Claude Mailly en subit d’ailleurs les conséquences, avec l’adoption, par 123 voix pour et 20 abstentions, par le comité confédéral national de Force ouvrière le 29 septembre d’une résolution s’opposant à la ligne qu’il défendait. Une situation inédite dans l’histoire de la confédération ! Il faut dire qu’en répétant que les ordonnances « ne sont pas la casse du code du travail », il opérait un virage à 180°, lui qui assurait que Force ouvrière ferait tout pour mobiliser et obtenir le retrait de la loi El Khomri un an plus tôt.

La résolution rappelle que « FO poursuit son combat contre la loi Travail d’août 2016 […]. Le CCN revendique son abrogation. Concernant les ordonnances sur le code du travail, celles-ci s’inscrivent dans la même logique néolibérale que FO dénonce. […] C’est pourquoi FO a voté contre ces ordonnances dans toutes les consultations officielles. […] Compte tenu de la gravité de la situation et des risques qui se profilent pour les travailleurs et les droits sociaux […], le CCN considère qu’une mobilisation interprofessionnelle avant la ratification des ordonnances est nécessaire. ».

Diviser pour mieux capituler

Ce rappel à l’ordre de Jean-Claude Mailly est mis à profit par la direction confédérale de la CGT qui, une semaine auparavant, « tendait la main » à FO et à la CFDT pour construire une « mobilisation unitaire ». Désormais, le calendrier des luttes est inféodé par les vicissitudes des discussions entre confédérations syndicales. Une première rencontre, le 9 octobre, accouche ainsi péniblement d’une nouvelle date… de réunion, le 24 octobre qui doit en principe définir une date de journée d’action en novembre. Et pendant ce temps, chaque organisation appelle de son côté, selon ses convenances : le 28 septembre (retraités), les services publics (10 octobre), la métallurgie (13 octobre) ou encore les chauffeurs-routiers.

Diviser pour mieux capituler, la tactique des bureaucraties syndicales n’a pas changé. En se cachant derrière « l’unité syndicale à tout prix », le fameux « syndicalisme rassemblé », on cherche à émietter les luttes, à les essouffler en multipliant les dates et en se gardant bien de construire la grève et les mobilisations. Car si la grève générale ne se décrète pas, mais se constate, force est de constater que les directions syndicales ont d’ores-et-déjà capitulé face au gouvernement Macron-Philippe. L’objectif de cette tactique est clair. Chaque branche professionnelle, chaque territoire négociera au mieux, en fonction des rapports de force, l’ampleur de la casse des droits collectifs et individuels, en attendant le coup de grâce.

Sinon pourquoi les directions syndicales, et notamment la CGT, auraient-elles accepté de rencontrer le gouvernement Macron-Philippe à partir du 12 octobre pour ouvrir un nouveau cycle de « concertation » sur l’apprentissage, la formation professionnelle et l’assurance-chômage ? N’ont-elles tiré aucun enseignement de la précédente « concertation » ? C’est bien la preuve que celles-ci n’ont aucune intention de se battre contre le démantèlement du code du travail et de la protection sociale.

En grève, tous ensemble, maintenant !

Pour autant, la partie n’est pas encore jouée. Les salariés, les bases syndicales poussent à la mobilisation et l’incompréhension envers la tactique des directions syndicales ne cesse de croître. La grève illimitée, unitaire, générale, comme seule moyen d’imposer la défaite au gouvernement Macron-Philippe et le retrait de l’ensemble des mesures démantelant les conquêtes ouvrières est une perspective chaque jour plus claire pour les travailleurs.

En témoigne cette déclaration du secrétariat de la Fédération nationale CGT des industries chimiques du 16 octobre. « Le combat contre les ordonnances Macron, […] nécessiterait une autre réponse que celle amenée par la stratégie de l’unité d’appareils confédéraux, qui montre son incapacité à mobiliser les salariés aussi largement que le commandent les enjeux. […] Les syndicats du pétrole sont prêts depuis juin dernier, à tenter d’élever un rapport de forces, mais n’entreront pas dans une grève par procuration, comme en 2016. Si d’ici lundi 23 octobre, une large mobilisation interprofessionnelle est organisée, particulièrement par l’entrée en grève de secteurs structurants de l’économie, les pétroliers répondront présents avec force. »

La détermination du gouvernement Macron-Philippe à venir à bout des conquêtes ouvrières impose l’unité d’action, non pas des directions syndicales bureaucratiques, mais de l’ensemble des travailleurs et des organisations derrière le mot d’ordre de retrait des ordonnances sur le code du travail et la loi El Khomri. Tous ensemble, imposons une défaite au gouvernement Macron-Philippe !