La Catalogne a le droit de décider

Déclaration de Corriente Roja, section de la LIT-QI dans l’État espagnol.

Le 6 septembre dernier, le Parlement de Catalogne a approuvé une loi concernant un « référendum d’autodétermination de Catalogne », pour le 1er octobre 2017.

À la fin du Moyen Âge, quand l’État espagnol a pris forme, la Principauté de Catalogne est devenue aussi un État, qui a connu un développement industriel important depuis le 19e siècle. Proclamée République catalane confédérée à l’Espagne en 1931, elle obtient un statut de large autonomie, qu’elle perd cependant sous le régime de la dictature franquiste. Après la restauration de la monarchie, la constitution de 1978 lui rétablit une certaine autonomie dont les limites fort étroites sont souvent dénoncées. C’est ce qui fait l’objet du référendum.

Le gouvernement central d’Espagne juge le référendum illégal, car « contraire à la constitution de 1978 ». Il décide de l’empêcher par la force, et le 20 septembre, quatorze membres du gouvernement catalan ont été arrêtés. La résistance populaire a immédiatement réuni plusieurs dizaines de milliers dans les rues de Barcelone, contre le diktat de Madrid, y compris parmi ceux qui, le 1er octobre, répondront « non » à la question : « Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous forme de république ? »

Nous reproduisons ici une déclaration de Comisiones de base (Co.Bas – www.cobas.es), un syndicat d’opposition en Espagne, issu d’une scission de Comisiones Obreras en 2006.

Le Président Puigdemont et la majorité du Parlement catalan ont annoncé pour le premier octobre prochain la tenue d’un référendum sur l’autodétermination. Le gouvernement Rajoy, pour sa part, a annoncé qu’il l’empêcherait par tous les moyens, et son Ministre Cospedal en est venu à proférer des menaces en disant que « par terre, par mer ou par les airs, notre armée et la Garde civile se trouvent là où il faut protéger les valeurs de la démocratie et de la constitution espagnole, tout comme l’intégrité et la souveraineté de notre pays ».

27 septembre 2017

Face à ce grave scénario, le Syndicat Co.Bas déclare :

1) Face à un fait de cette ampleur, nous, les travailleurs, nous ne pouvons pas rester indifférents si nous ne voulons pas finir comme le wagon de queue au service des intérêts de classe qui ne sont pas les nôtres.

2) Notre syndicat s’est toujours prononcé pour la défense des droits et des libertés démocratiques. Pour cette raison, nous défendons le droit des peuples à leur libre autodétermination et nous rejetons toute unité forcée, imposée contre leur volonté. L’unité que nous voulons est l’union libre de peuples libres. Et cela n’existe que quand ce sont les peuples qui décident.

3) C’est pourquoi nous appuyons le droit de la Catalogne à décider, et à mettre en œuvre le référendum du 1er octobre.

Arguer que cette consultation est illégale, comme le fait le gouvernement Rajoy et les partis qui le soutiennent sur ce point, ne fait que montrer, comme dans bien d’autres problèmes, que la loi n’est pas démocratique, qu’ils « l’appellent démocratie, mais que ce ne l’est pas ».

Si le gouvernement et ceux qui le soutiennent étaient réellement des démocrates, ils auraient dû avoir modifié il y a bien longtemps une législation qui empêche l’exercice de ce droit réellement démocratique, au lieu de la maintenir et de menacer de toutes sortes de catastrophes la tenue de la consultation.

Modifier la constitution pour nous faire payer toute la dette des banquiers n’a pas posé le moindre problème au gouvernement et à la majorité parlementaire. En quinze jours, ils ont modifié l’art.135 de la constitution, sur le diktat de l’Union Européenne et de la Troïka.

4) Nous menacer de tout type de plaies bibliques en cas de tenue de la consultation est un argument de dictateurs. Des référendums d’autodétermination se sont tenus en d’autres endroits du monde (comme ce fut le cas au Canada et, plus récemment, le cas mieux connu de l’Écosse) sans qu’aucune catastrophe ne se soit produite.

Rajoy et compagnie éructent « contre les nationalismes » au nom du plus grand des nationalismes, le nationalisme espagnol. Ils s’arrogent la représentation de la « démocratie » alors qu’ils ont été élus par une loi électorale tricheuse1, imposent des lois bâillon2 et réduisent les droits, les salaires et l’emploi contre la volonté de l’ample majorité.

5) Selon la logique démocratique, le référendum devrait se faire « d’un commun accord ». Mais le gouvernement et la monarchie refusent obstinément de le permettre. Face à ce refus, et alors que 70 % de la population catalane le réclame, la Catalogne a toute la légitimité pour le convoquer.

Le droit des peuples à décider est un droit qui ne peut rester sujet au permis de l’État. On ne peut pas être en faveur du droit au divorce et dire ensuite que, pour l’exercer, il faut l’accord des deux parties. Ni le Roi, ni le gouvernement, ni la Troïka ne peuvent décider de l’avenir de la Catalogne. C’est au peuple catalan d’en décider.

6) L’utilisation du discrédit mérité de Pujol, d’Artur Mas et de Convergencia hors de la Catalogne afin de criminaliser la consultation n’est rien d’autre qu’une manœuvre qui prétend confondre ces personnages avec l’ensemble de la Catalogne. Cela revient à dire que, dans le reste de l’État espagnol, nous sommes tous avec Bárcenas et Rajoy.

7) Le gouvernement n’arrête pas de parler de la « récupération économique ». Ils disent que l’on « produit déjà autant qu’avant la crise ». Mais ils ne prennent pas en compte le fait que cela se fait avec 2,3 millions de travailleurs de moins et avec une économie patronale de 30 milliards en salaires. En réalité, il s’agit de la récupération de leurs bénéfices, au prix de la précarité grandissante, de salaires et de pensions de misères, et du maintien des coupes dans l’éducation, la santé, les aides aux personnes moins valides ou le logement.

C’est pourquoi la situation en Espagne et dans toute l’Europe exige de plus en plus, et d’urgence, l’unité des travailleurs pour « le pain, le travail, un toit et l’égalité », le mot d’ordre des Marches de la Dignité. La division et l’affrontement entre nous facilitent les plans de l’Union européenne et de la Troïka, au service desquels se trouve le gouvernement de Madrid et celui de Barcelone.

8) Nous avons besoin de l’unité pour élargir la voie qu’ont commencé à ouvrir de nouveau les travailleurs d’Eulen et de l’aéroport de El Prat, ainsi que ceux du transport ou du métal en Galice, ceux de AENA et Enaire qui annoncent des grèves, ceux de Ciut’Art… et qui exigent qu’on nous rende les salaires, les droits et les emplois qu’on nous a volé durant « la crise ».

Nous avons besoin de l’unité pour défendre les droits démocratiques de tous. Sans cette unité de la classe ouvrière, nous n’aurons ni pain, ni travail, ni toit… ni droit à l’autodétermination.

9) Nous appelons nos affiliés et tous les travailleurs à défendre, au nom des droits démocratiques et de l’unité de la classe ouvrière, le droit du peuple de Catalogne à décider, à réaliser son référendum.

Nous appelons à rejeter toute tentative répressive, dictatoriale, du gouvernement du PP contre le peuple catalan, et à se mobiliser contre elle.

Et nous appelons à soutenir toutes les luttes en cours en défense des salaires, de l’emploi et du droit de grève, en participant aux manifestations et aux mobilisations convoquées et, en particulier, à celles convoquées par les Marches de la Dignité.

10) Co.Bas s’identifie avec la tradition de l’internationalisme solidaire avec tous les peuples, qu’ils soient de l’Espagne, de l’Europe ou du monde. Pour cela, le premier pas que nous devons mettre en œuvre en tant que classe travailleuse est l’organisation de processus constituants populaires et participatifs (et non de sommet, comme cela a été le cas lors de la Transition de 1978) pour changer le Régime Monarchique et avancer pour en finir avec ce système capitaliste.

Nous ne pourrons pas avancer dans la souveraineté des peuples tant que nous serons enchaînés par les lois de l’Union européenne, l’euro et l’OTAN, qui nous condamnent à une dette illégitime.

Coordination nationale de Co.Bas


1) La loi électorale du 19 juin 1985, dite de la « Transition » (qui met fin à la dictature de Franco et instaure la monarchie), est viciée par une surreprésentation des grands partis.

2) La loi de sécurité civile du 30 mars de 2015, connue comme la loi bâillon (ley mordaza), restreint considérablement les conditions pour réaliser des mobilisations sur la place publique.