La France Insoumise ne dépassera pas la République

Le 23 septembre, la manifestation appelée par la France Insoumise a largement mobilisé.

La lutte de s’intensifie, et face à la violence sociale des mesures Macron, les travailleurs poussent et ont contraint Mélenchon d’appeler à cette marche afin de s’assurer l’audience de ses électeurs.

Dans un contexte où les bureaucraties syndicales isolent les luttes avec des appels à manifester dispersés, des milliers de travailleurs et de jeunes se sont saisis du 23 octobre comme point d’appui pour combattre le gouvernement Macron et sa politique au service des patrons.

C’est en ce sens que nous avons salué l’initiative de la FI d’organiser cette marche.

Nous n’obtiendrons la capitulation de ce gouvernement, que par une lutte unitaire de toutes les organisations syndicales et politiques. On ne peut pas accepter que quelques uns avancent l’argument de l’indépendance des syndicats vis-à-vis des partis pour ne pas mobiliser dans l’unité d’action. Si on est, ensemble, contre la politique de Macron, on doit se battre ensemble.

Mais nous ne nous faisons aucune illusion sur la volonté du mouvement mélenchoniste à vouloir réellement mobiliser jusqu’au bout contre le gouvernement. La manifestation est partie de Bastille pour s’arrêter, sur la place de la République, 1,5 km plus loin… voilà qui reflète parfaitement la politique d’une France Insoumise qui ne dépassera jamais le cadre bourgeois de la République.

La FI est un mouvement centriste, qui peut avoir des élans de radicalisme dans le discours, mais qui, à l’instar de la social-démocratie dont elle hérite, n’osera jamais sortir des institutions républicaines, si corrompues et répressives soient-elles.

Son projet organisationnel et politique ressemble par certains côtés à celui du lambertisme, qui a essayé de mettre en place ce type d’expérience à partir de la fin des années 80 (à travers le MPPT, devenu PT, puis POI – et enfin, aujourd’hui, POI et POID). Il s’agit de rassembler, dans un cadre unitaire, des militants venant de divers horizons de la gauche : sociaux-démocrates, ex-staliniens, ex-trotskistes, syndicalistes, militants associatifs…

La FI réussit, pour le moment, là où ont échoué le lambertisme, ou encore le pablisme (LCR devenue NPA). Elle repose surtout sur la figure charismatique de Mélenchon, qui, depuis 2005 et les débats autour du traité constitutionnel européen, a rassemblé lentement autour de lui, en s’appuyant sur les crises (terminales, dirons-nous) du PS tout d’abord, puis du PCF.

La FI profite aussi d’un vide politique, laissé particulièrement en friche par la crise des organisations trotskistes. Des milliers de travailleurs et de jeunes, dont la France Insoumise veut électoralement se nourir, cherchent aujourd’hui une perspective en termes d’organisation et de programme.

Ce mouvement attire, c’est indéniable. Mais combien de temps resistera-t-il aux questions que se posent à juste titre de jeunes militants, y compris dans ses propres rangs :

Pourquoi se battre pour une 6e République, si elle ne rompt pas avec le capitalisme ?

Pourquoi la FI n’a-t-elle qu’un programme franco-français ? Pourquoi Mélenchon ne propose-t-il même pas une alternative politique, organisationnelle et économique à l’UE et ses traités ?

Si la FI voulait être un outil dans la lutte contre les ordonnances, elle se servirait du parlementarisme bourgeois, dans lequel elle a gagné des forces, pour impulser la mobilisation permanente des travailleurs « dans la rue », elle mettrait ses parlementaires au service de la lutte de classe et de l’unité d’action et pas l’inverse…

J.L. Mélenchon explique d’habitude que sa « révolution citoyenne » ne peut se faire que par les urnes, que « l’assemblée générale permanente » n’est pas une perspective de gouvernement. Mais il appelle aujourd’hui « les gens » à prendre la rue et discoure sur les capacités de cette rue à prendre le pouvoir :

Mais alors qu’il a appelé à une manifestation à un million sur les Champs-Élysées, à ce jour, nous attendons toujours de savoir comment construire ce rendez-vous.

Néanmoins, malgré nos désaccords fondamentaux avec le mélenchonisme, nous répondrons présents à tous les appels que nous pensons aller dans le sens des intérêts de la classe ouvrière, des exploités et des opprimés. Sans sectarisme, nous resterons toujours fidèles dans ce cas à notre tradition d’unité d’action, « marcher séparément, mais frapper ensemble ».