Par la grève, arrêtons la marche de Macron !

Emmanuel Macron est investi de la mission de réussir là où Hollande et Sarkozy ont en parti échoué : détruire une bonne fois pour toutes les conquêtes sociales arrachées par les travailleurs, dans la lutte et la grève, depuis 1936.

Enfant chéri d’un capitalisme en pleine décadence, il représente parfaitement la classe dominante actuelle : son mépris profond pour les travailleurs et son idolâtrie pour l’argent en témoignent quotidiennement.

Dans tous les pays, la crise du capitalisme porte un coup de massue aux partis traditionnels de la bourgeoisie, emportés par l’opportunisme de ses dirigeants et la défection massive des électeurs.

Promu et encadré par une avant-garde constituée de technocrates issus de l’ENA, d’anciens Strauss-Kahniens et de divers représentants des cercles de pensée libéraux et pro-UE, Macron est le leader bonapartiste qu’il fallait à la bourgeoisie pour serrer ses rangs face à la crise économique et politique, mais aussi, et surtout, pour affronter les travailleurs du pays.

Appuyé sur un gouvernement et des députés En Marche à ses bottes, ce « président des riches » a entamé dès ses premières semaines de règne une politique de guerre de classe, rapide et brutale. Les ordonnances contre le code du travail et l’intégration des mesures de l’État d’urgence dans le droit commun symbolisent à elles deux toute la violence de l’autoproclamé « Jupiter ».

Macron en guerre de classe

La première décision du gouvernement a donc été, avant toute chose, de s’attaquer au Code du travail. Et par ordonnances s’il vous plaît ! Le Medef n’attend pas ! Car, effectivement, cette loi défendue bec et ongle par la ministre du travail des RH Muriel Penicaut répond en tout point aux désirs du grand patronat.

Afin de désorienter les travailleurs, le gouvernement a simultanément balancé des annonces anti-ouvrières tous azimuts : augmentation de la CSG pour les retraités, baisse des APL pour les pauvres, baisse de l’ISF pour les riches, suppression brutale des postes en contrats aidés…

Pour faire passer de telles mesures, Macron s’appuie non seulement sur la corporatiste et chrétienne CFDT, habituée à tout accepter du patronat, mais également sur le secrétaire général de FO, J. C. Mailly, qui joue depuis le mois de juin le rôle de 1er jaune de France. Mais, même en comptant sur la désorganisation d’une CGT qui appelle ses troupes à manifester en ordre dispersé, le gouvernement sait que la réponse des masses peut vite dépasser le contrôle des organisations syndicales.

C’est pourquoi la loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme » est discutée dans la continuité des ordonnances. La vocation de ce projet de loi est de rendre permanentes et légales les mesures exceptionnelles (extra-légales) de l’état d’urgence. Or, il n’est plus besoin de prouver inefficacité de ces mesures quand il a s’agit de terrorisme, alors même qu’elles ont été largement utilisées contre des militants écologistes, anarchistes ou syndicalistes.

Si cet arsenal répressif, critiqué jusqu’à l’ONU (qui craint que la France ne commette un précédent !), a pour but de surveiller et de terrifier tout participant aux mouvements sociaux, il marque aussi l’effroi d’une classe dominante peu assurée et affaiblie.

Les faiblesses du chef

Dans leur propre intérêt de classe, différents secteurs de la bourgeoisie se sont laissés charmer par Macron, que son mouvement En Marche doit maintenant concilier. Or, Macron a toujours affiché sa préférence pour la nouvelle bourgeoisie financière dont il est issu, qui promeut une économie start-up, hautement instable et parasitaire, reposant sur l’exploitation des travailleurs par les « nouvelles technologies »1.

Son positionnement risque de lui faire s’aliéner ces secteurs de la bourgeoisie plus traditionnelle qui ont fait infidélité à LR ou au PS pour le rallier. C’est pourquoi Macron et ses amis n’ont pas la force de créer leur propre parti, qui les isolerait. Ils sont dans l’obligation de maintenir l’équilibre actuel, très fragile, au sein d’En Marche.

Sans appareil, Macron ne peut compter que sur les vieux briscards qui l’entourent, ces hommes d’appareil qui assurent pour l’instant la stabilité du mouvement, mais qui sauront mieux que Macron retourner leurs vestes en cas d’échec du gouvernement.

Certes, il est largement soutenu par ses 313 soldats postés à l’Assemblée nationale. Ces députés représentants d’une « société civile », bourgeoise et petite-bourgeoise, ont été choisis comme candidats par les dirigeants d’En Marche parce que leur manque d’expérience politique, peut assurer le silence (déjà relatif…) dans les rangs. Néanmoins, c’est justement la nature de classe, de petit-bourgeois individualistes, de ces députés, sans l’existence parti solidement structurer pour les cadrer, qui les rend potentiellement incontrôlables.

Avec 15 % des voix exprimées, Macron est mal élu, et il le sait. Par conséquent, moins encore que ces deux prédécesseurs, il ne pourra s’appuyer sur le « peuple » pour asseoir sa politique. Les ornements et le décorum des institutions de la Ve République le font paraître dans une position de force qu’il n’a pas en réalité. Or, il ne fait déjà plus illusion à personne.

Entre ses brutales mesures anti-ouvrières et sa confiance démesurée en lui-même, Emmanuel Macron est déjà, en l’espace de trois mois de pouvoir, un homme massivement haï. Cette haine est une colère de classe qui ne demande aujourd’hui qu’à s’exprimer.

Gagner par la grève générale

Répondant aux appels à manifester de la CGT et France Insoumise, Macron et ses porte-paroles déclament avec l’inquiétude du gentilhomme qui ne va pas passer un bon dimanche que « ce n’est pas la rue qui gouverne ».

Que craignent-ils sinon le pouvoir effectif de la rue, c’est-à-dire des travailleurs en lutte, en manifestation et en grève ? Alors même qu’au sein de l’armée et de la police on assiste à des remous, des défections et de la contestation, ce gouvernement a toutes les raisons de craindre.

Il faut dès aujourd’hui construire le mouvement qui unisse tous ceux qui « détestent les réformes » capitalistes, qui unisse tous ceux qui ne se reconnaissent pas en Macron et sa politique de classe. Pour cela, les appels dispersés à des journées d’action diverses et variés de la CGT ne peuvent non seulement suffire, mais vont mener à l’échec. D’autant que ses revendications syndicales sont totalement en décalage avec la réalité des attaques (pour un Code du travail du XXIe siècle ? !).

Et alors que la situation réclame une réponse ferme, syndicale et politique, les appels à manifester de la France Insoumise, isolée et défendant ses stricts intérêts parlementaires, ne suffiront pas à renverser la situation.

Il nous faut donc discuter dans nos organisations politiques, dans nos syndicats, dans nos entreprises et nos quartiers, à la façon dont nous allons construire, tous ensemble, dans l’unité, un vaste mouvement de mobilisation permanente et de grève reconductible qui nous permettra de défaire ce gouvernement des capitalistes et ses contre-réformes.

Mobilisation, unité, vers la grève générale, contre l’uberisation de la société. Vers la grève générale, contre l’économie « start-up » et son extrême précarité. Grève générale, pour un gouvernement des travailleurs, au service des travailleurs ! Voilà vers ce quoi nous devons aller !

Jeunes, retraités, petits paysans, ouvriers en T-Shirt, illettrés et fainéants, tous en grève, jusqu’à l’abrogation de toutes les « lois travail » ! Tous en grève jusqu’à la chute du gouvernement Macron !


1) Revoir ses projets économiques pour la France : https://www.economie.gouv.fr/lancement-seconde-phase-nouvelle-france-industrielle.