Esclavage en Libye : « un crime contre l’humanité »… commis par la France

Par Greg

En diffusant, au mois de novembre, des images d’hommes vendus comme esclaves en Libye, CNN a dévoilé l’un des visages sordides de la politique impérialiste occidentale en Afrique.

D’un bout à l’autre du parcours des exilés d’Afrique, affublés dans les journaux du nom déshumanisant de « migrants », on peut voir la main des grandes puissances capitalistes, et notamment de la France, qui considère encore une grande partie du continent Africain comme son pré carré.

Le président Macron, ses ministres, ses députés, chacun y est allé de sa petite larme de crocodile. Et pourtant, « à part le citoyen lambda, tout le monde savait, les gouvernants, les organisations internationales, les leaders politiques » 1.

Tout le monde savait ! L’État français en particulier, qui est le premier responsable de la situation, puisque c’est le gouvernement Sarkozy qui a semé le chaos en Libye en déclarant la guerre à Khadafi.

Le chaos libyen

La France, après avoir armée et soutenu politiquement l’État libyen de Khadafi, guidée comme toujours par ses intérêts impérialistes, lui a déclarée la guerre en s’appuyant sur des chefs tribaux, qu’elle a massivement armés. Six ans plus tard, ces mercenaires se partagent ce pays ravagé, à feu et à sang.

Cette situation est idéale pour les trafiquants en tout genre, notamment les réseaux de passeurs qui attirent en Libye des hommes qui fuient leurs pays détruits par les guerres et différents conflits, en leur promettant l’Eldorado européen.

Europole estime que cette exploitation a représenté l’équivalent de 4,5 milliards d’euros en 2015.

Fruits d’une féodalité arriérée et de la sauvagerie naturelle du capitalisme, des marchés d’êtres humains se sont organisés. Une personne peut y être vendue 200 $ à 300 $ pour du travail forcé de quelques mois dans l’agriculture, la construction et bien évidemment dans la prostitution pour les femmes. Ces gens sont battus, parfois tués.

Pour ceux qui peuvent finalement payer la route, ce sera les canots de fortune, lancés au large de la méditerranée. Plus de 300 000 personnes en trois ans ont réussi à traverser la mer, dans le même temps, plus de 20 000 s’y sont noyées.

Pour refouler cette foule immense qui fuit la misère et la guerre, les pays impérialistes d’Europe sous-traitent auprès des autorités libyennes le renvoi des exilés qui tentent la traversée vers les camps tenus par les milices de Libye.

C’est une des missions de l’opération Triton (anciennement Mare Nostrum), sous l’égide de Frontex 2, renforcée depuis 2015 par l’opération militaire Sophia (composée de navires et d’avions de guerre italiens, allemands, britanniques, espagnols et français qui, depuis l’année dernière, développe et forme directement un corps de garde-côtes libyens.

La France, fauteur de guerre

Il a été difficile de cacher à la face du monde le fiasco de « l’initiative » française en Libye. L’assassinat sans procès de Mouamar

dafi ne fut plus qu’un détail devant les ravages du pays par les bombes l’Otan, le déversement des armes européennes dans toute la région et la libération de mercenaires khadafistes prêts à se vendre aux plus offrants.

En répercussion, les difficultés politiques qui tendaient toute la région du Sahel se sont muées en de multiples conflits ouverts et sanglants. Et là encore, l’impérialisme français a tenu le premier plan des interventions militaires : aujourd’hui, la mission qui mobilise le plus grand nombre de troupes est l’opération Barkhane. Succédant à Serval et Épervier, cette opération de 4 000 hommes couvre la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

À ce décompte, il ne faut oublier d’ajouter ni l’occupation permanente du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Gabon et de Djibouti, ni les missions de conseil militaire sous l’égide de l’ONU ou de l’UE, comme celle apportée en Centrafrique suite à l’opération française Sangaris.

Force est de constater, ces interventions n’ont pour l’instant pas apporté la stabilité tant promise : les réfugiés des camps et des marchés libyens proviennent notamment de ces pays d’Afrique subsaharienne.

Lors de sa tournée africaine, Macron s’est placé dans la continuité de ses prédécesseurs en Françafrique. Fustigeant un « crime contre l’humanité », il met sur le dos des africains eux-mêmes la tragédie hideuse qui se joue en Libye. Ainsi, avec toute la condescendance qui le caractérise, il a répondu à un étudiant de Ouagadougou : « Qui sont les trafiquants d’esclaves en Libye ? Ce sont des Africains, mon ami ! Ce ne sont pas des Français qui sont en train de faire les passeurs en Libye ! »

Reste qu’en consacrant 100 hommes, un navire et des engins aériens à l’opération Sophia pour repousser et contenir les réfugiés en Libye, la France est de facto un partenaire actif de ces trafiquants. Le vrai crime contre l’humanité réside dans le refus d’accueillir ces milliers de familles qui quittent des pays que nos capitalistes pillent et mettent à sac.

Les chiens sont lâchés

Le taux de chômage historique et les dizaines de milliers de travailleurs clandestins déjà présents sur le sol français suffisent au patronat pour faire baisser les salaires et détruire les conquêtes sociales. Il n’a pas besoin de l’arrivée massive de travailleurs étrangers qui risquerait d’aggraver la déstabilisation politique et économique de la France et de l’Europe. Alors, chaque gouvernement qui se succède diminue les droits et renforce la répression. C’est la froide et sauvage logique du capitalisme.

Des camps de misère, comme celui de Calais, sont violemment et sempiternellement délogés, des hommes clochardisés meurent dans nos villes et nos campagnes, les militants qui leur viennent en aide sont traqués par la justice et aujourd’hui, les centres d’accueils ont l’obligation d’ouvrir leurs portes à la police pour faire la chasse au réfugié.

Les citoyens sont priés de réfléchir à deux fois avant de parler : conscient de la barbarie de ses décisions, Macron menace de porter plainte contre celui qui se permettrait d’accuser l’État de racisme, alors même que de trop nombreux politiciens, mais aussi des « philosophes », des « experts » et autres « chroniqueurs », ont carte blanche pour nous abreuver de leur racisme abject à chaque heure de grande écoute.

Les milieux militants, et tout d’abord les organisations politiques et syndicales ouvrières, atomisés par des années de décomposition politique de la gauche, sont incapables de répondre à la hauteur de la violence de l’État.

Et pourtant, le refus de la légion d’honneur par le médecin humanitaire et militaire Raphaël Pitti, ancien soutien d’E. Macron, en raison de la politique menée par ce dernier contre les « migrants », tout comme la position de la députée LREM Sonia Krimi, qui a qualifié les centres de rétention de « centres de détention », « indignes de la République », montrent que la violence dont use la police contre les familles exilées, est loin de faire l’unanimité dans les rangs même de la majorité parlementaire.

Ces positions sont évidemment bien trop isolées pour permettre la moindre inflexion du gouvernement Macron. Seule une mobilisation massive et déterminée peut mettre un terme à toute cette politique de répression. Cela signifie donc combattre non seulement le gouvernement qui exécute cette répression mais aussi l’UE forteresse qui l’encadre et le conforte, cela signifie même remettre en question toute l’économie capitaliste qui, en imposant l’exploitation et la guerre, est la cause initiale de cette sauvagerie à l’encontre des populations.

On ne viendra à bout de la traite esclavagiste qu’en venant à bout du capitalisme, par la mobilisation de masse et l’unité ouvrière de tous les continents. C’est dans cette perspective que la Ligue socialiste revendique l’arrêt des interventions militaires françaises, l’ouverture des frontières européennes et un accueil digne pour tous les réfugiés.

1) L’énarque sénégalais Hamidou Anne Consultant et responsable du think tank L’Afrique des idées. Difficile de le taxer de gauchisme ! Cité dans l’Express du 24/11/17.

2) Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures, devenue depuis 2016 Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, dont le mandat a été élargi.